Même si ton désir te trompe, que ton cœur, lui, ne se mente jamais. Le désir de voler a conquis la lune, le désir de se remplir a développé des centaines de milliers de plats. Le désir de dormir a dû créer le lit. Le désir accomplit toujours plus que le besoin. Mais le désir menace l'homme avec une force égale. La voiture a apporté la fumée, la libido l'avortement, le désir de sécurité a provoqué la guerre. Le désir crée dix fois plus de bien que de mal. Nul besoin de prendre l'exemple grandiose de l'essor et du déclin de l'humanité. Il suffit de tourner un peu la tête. Mon ami, mon voisin, ma famille... moi-même... nous vivons constamment l'expérience des deux faces de la pièce qu'est le désir. Le piège du « encore un peu » se trouve toujours au bord du précipice du désir. Comme un arbre haut, difficile à grimper et facile à chuter, comme une action achetée en sachant qu'elle va chuter, comme un ticket de pari acheté en sachant qu'on va perdre. Qui peut connaître la mesure du « encore un peu » ? Faut-il dire « suivre » ou « arrêter » ? On ne le sait qu'à la fin de la partie. Nous ne faisons que regretter le « encore un peu » après coup. Les hommes qui jouent avec ce désir sont les Tazza. Mais en même temps, le Tazza est aussi le jouet de son propre désir. À travers eux, à travers le jeu, nous espionnons le désir et le monde.