Dans cette œuvre tardive, la réalisatrice Han Okhi revient à ses origines d'érudite en poésie coréenne pour transformer les vers de Han Yong-un (1879-1944)—populairement connu sous le nom de Manhae—en un collage de « ciné-poèmes » saisissants. Le court métrage de Han présente quinze poèmes tirés du recueil éponyme, Le Silence de l'Amour, la seule collection de poésie que nous ait laissée cet icône bouddhiste, poète et révolutionnaire. Depuis la publication du recueil en 1926, le sujet, l'objet ou l'identité de l'amour central est resté largement débattu. Comme l'explique l'universitaire et traductrice Francisca Cho, ces fluctuations de sens—un amant ? La patrie bien-aimée de Manhae subissant la domination coloniale japonaise ? L'illumination bouddhiste ?—résonnent dans la malléabilité du « nim » titulaire, un mot qui évoque l'amour, l'amant, le bien-aimé, ou, comme Manhae le propose dans la préface de son œuvre, « tout ce qui est désiré ». La réalisatrice Han Okhi relève le défi redoutable de visualiser les multiples significations de la poésie de Manhae à travers son style expérimental signature.